Affaire Théo : 3 ans après, les habitants restent méfiants envers la police.  

Le 2 février 2017, Théo 21 ans, était grièvement blessé lors d’un contrôle de police et risque de garder des séquelles toute sa vie. Quatre policiers sont toujours mis en examen pour violences volontaires.

On se souvient que B. Beschizza, ne pouvant ignorer le dérapage de ces policiers nationaux, avait déclaré à la presse : « La police est là pour protéger, non pour humilier ». Mais ni lui, ni ses élus, à une exception près, ne sont venus à la manifestation des habitants en colère. Selon Guy Challier, élu PS «on n’a vu personne, l’absence du maire et de son exécutif a eu pour seul impact de creuser le fossé entre policiers, ville et jeunesse ».

Des moyens considérables ont été accordés à la sécurité : 80 policiers municipaux, 322 caméras, 500 en 2021, un immense centre de supervision.

Mais pour Hervé Suaudeau, « A part déployer des caméras, on ne voit pas grand-chose. Les caméras n’ont pas empêché l’affaire Théo ! Il faut des agents au contact des jeunes, des gens qui se parlent. Il manque du dialogue. »

Les tentatives de la municipalité pour rétablir la confiance entre la population et les jeunes : les 3 opérations de rapprochement entre police et habitants, la « brigade de contact » de la police municipale pour dialoguer avec les jeunes sont encore bien insuffisantes.

La population reste traumatisée. Un habitant déclare : « Le temps passe, la plaie reste ouverte. On est méfiant vis-à-vis des policiers. Même si on n’est pas un jeune. Et on le voit: eux aussi, ils sont méfiants par rapport à nous, il n’y a aucune confiance, on se parle mal d’emblée ».

Comment les habitants pourraient-ils être proches de ces « RoboCop » comme ils disent ? Certes, le travail des policiers est difficile voire dangereux et nécessite des protections. Mais la ville sera apaisée lorsque la population aura retrouvée une police de proximité qui tisse des liens de confiance avec les familles, une police plus visible, qui sait rappeler les règles, sanctionner mais aussi écouter et dialoguer.

Les caméras peuvent avoir un rôle dissuasif mais n’évitent pas les faits, en élucident très peu et déplacent la délinquance vers les lieux non couverts par la vidéosurveillance.

Exemple d’ Aulnay : entre 2014 et 2018, les violences ont augmenté de 15%, les dégradations en hausse de 2,5 % ; les escroqueries en hausse de 25, 5 % ; autres délits (crimes, délits sexuels…) en hausse de près de 42%. Les vols et cambriolages baissent de 14,3% mais sont tout- de -même 5279 sur la période ; les délits dus aux stupéfiants baissent de 13% sur un total de 1182, la baisse reste modeste.

Autre exemple, bien loin de la Seine-Saint-Denis, la ville de Nice, qui a triplé le nombre de ses caméras, passant de 900 à 2600 caméras !

Bilan au bout de 7 ans : le nombre de  « coups et blessures volontaires » a augmenté de 13 % entre 2012 et 2018. Le nombre de cambriolages n’a pratiquement pas baissé. 2012 : 2321cambriolages, 2287 en 2018. Ainsi, l’impact de la vidéosurveillance sur des délits importants comme les coups, blessures volontaires et les cambriolages est quasiment nul.

A Aulnay, les caméras ne font pas de miracle non plus. Les tensions entre la population et leur police persistent depuis 2017. Le traumatisme ne s’effacera que si le dialogue, la confiance et le respect réciproque entre population et police sont rétablis.