Usine d’amiante d’Aulnay : quand l’action municipale rejoint l’action citoyenne.

Un colloque était organisé aujourd’hui à Aubervilliers pour conclure un programme de recherche « Pollution industrielle, contamination environnementale Amiante par le CMMP à Aulnay-sous-Bois », une journée de témoignages et d’exposés organisée notamment par le GISCOP 93, Université Paris 13, des responsables de recherche et des associations.

Nous souhaitons rendre hommage encore aujourd’hui aux citoyens, aux associations, aux chercheurs, médecins, avocats qui se sont battus durant des années pour faire reconnaître ce scandale de santé publique et pour mettre en place la recherche, le suivi et la défense des droits des personnes exposées.

L’ancienne municipalité, de 2008 à 2014 a œuvré aux côtés de ces personnes et nous, anciens élus, sommes fiers d’avoir contribué à la déconstruction-dépollution, à la recherche et au suivi des victimes.

1938 : installation du CMMP en plein cœur d’Aulnay, à proximité de 3 écoles. Broyage de l’amiante jusqu’en 1975, poursuite d’activités polluantes jusqu’à la fermeture en 1991.

1998 : plainte de la famille Voide / Léonard après le décès des suites d’un mésothéliome (cancer du poumon provoqué par l’amiante) d’un parent habitant le quartier et ayant fréquenté l’école du Bourg.

2001 – 2006 : création du Collectif de riverains et victimes de l’amiante, actions multiples dont des pétitions, des manifestations devant l’usine car il y a déjà des dizaines de victimes.

2007: la CIRE (cellule interrégionale épidémiologique) met en évidence la dangerosité du site. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande alors la recherche et le suivi des personnes exposées à cette pollution environnementale.

En Mars 2008 : le nouveau Gérard SEGURA, dès son élection, fixe 3 objectifs : faire disparaître l’usine d’amiante sans risque sanitaire pour la population ; créer un comité de pilotage pour la recherche active et le suivi des personnes exposées ; engager un travail de mémoire.

La situation est en effet dramatique, l’usine est en ruine avec un risque permanent de propagation des fibres d’amiante dans le quartier. La municipalité précédente a fait déménager en 2006 les 400 élèves des écoles mitoyennes du Bourg dans des préfabriqués sur la ville de Sevran.

Septembre 2009- Février 2010 : démolition du 1er bâtiment sous bâches étanches, évacuation de 3 000 à 4 000 tonnes de déchets dont 2 000 amiantées.

Mais les sondages révèlent ce qui était à craindre, une pollution du sous-sol avec notamment de l’amiante, du zircon à des profondeurs de 40 à 80 centimètres.

De Mars à Décembre 2012 : dépollution du site soit 6 200 m2. Sols décapés sur 80 cm (plus profond sur les zones contenant du zircon) remblaiement avec 2 couches de béton concassé et compacté, pose de protections (film géotextile et filet avertisseur), coulage d’une dalle de béton.

Au total, la déconstruction-dépollution a coûté 17 millions dont 6 pour le déplacement des élèves. Sur les 17 millions, 2 M reçus de la Région et 3,1 M autres subventions.

Parallèlement aux travaux, en décembre 2009, le Maire met en place le Comité de pilotage Amiante présidé par M. ALLOUCH , médecin à Aulnay depuis 40 ans et conseiller municipal dans l’opposition, avec les associations, des chercheurs et médecins, les partenaires, les élues à la santé et à l’éducation …

1ère avancée en Février 2012 : le comité de pilotage obtient 60 000 euros de l’Agence Régionale de Santé (ARS) pour effectuer une étude afin de savoir s’il est possible de retrouver les personnes exposées. L’étude est confiée au GISCOP 93 (groupement scientifique pour les cancers professionnels)

En février 2013 : le GISCOP 93 déclare qu’environ 40 000 personnes ont été fortement exposées entre 1938 et 75 sur Aulnay et Sevran et qu’il est possible de retrouver les anciens élèves des 3 écoles proches à partir des registres matricules conservés dans les écoles.

Juin 2013 : un entretien obtenu par le député Daniel Goldberg a lieu au ministère. La ministre Marisol Touraine s’engage sur 2 points essentiels  : la recherche de 14 000 anciens élèves et la mise en place d’un dispositif de santé publique piloté par l’ ARS: courrier envoyé aux personnes retrouvées, recommandations pour elles-mêmes et pour le médecin traitant.

Janvier – Février 2014 : un dispositif de santé publique aulnaysien est établi : permanence d’accueil des personnes qui le souhaitent par les associations, informations sur les possibilités de suivi médical, aide aux démarches administratives de réparation.

Nous obtenons par ailleurs la mise en place d’une consultation spécifique Amiante en pneumologie à l’hôpital Robert Ballanger.

Les associations ont poursuivi leurs actions au sein du dispositif avec la nouvelle municipalité dès mars 2014.

Durant notre mandat, tout n’a pas été réglé, il restait à développer et à poursuivre le travail de collaboration entre l’ARS, les associations et les élus locaux. Mais en 6 ans, les avancées ont été considérables grâce aux efforts de tous, avec une vraie volonté de la part des élus d’agir aux côtés des associations pour faire disparaître « l’usine poison » et permettre la recherche des personnes exposées.

Les élus socialistes