Les 23 mesures pour le 93: des avancées, mais on est loin du compte !

Un an et demi après le rapport alarmant des députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM) qui pointait les inégalités et les défaillances de l’Etat en Seine-Saint-Denis, après le rejet sans cérémonie du Plan Borloo par le Président Macron, le Premier ministre Edouard Philippe vient de présenter ses « 23 décisions » pour la Seine-Saint-Denis.

23 mesures pour le département le plus peuplé d’Ile-de-France dont le taux de chômage est de 12,7 %, où 28,6 % de la population vit sous le seuil de pauvreté mais qui compte moins de policiers, moins d’enseignants, moins de greffiers, de magistrats, de médecins scolaires…

Des professionnels moins nombreux et moins expérimentés : devant les élèves, le taux de professeurs dont c’est la 1ère année d’enseignement est de 21% en France, contre 65% dans le 93. Dans l’ensemble des services publics, « là où les problèmes sont les plus durs, c’est là qu’arrivent les débutants», regrettait François Cornut-Gentille, d’où un turn-over important.

Pour y remédier, le gouvernement crée la prime de fidélisation de 10 000 € pour les agents des services publics de l’Etat versée après 5 années de service dans le 93. Mais le dispositif reste à préciser, notamment les paramètres exacts des bénéficiaires. Et en quoi cette mesure assure-t-elle la présence de fonctionnaires expérimentés ? Pour Mathieu Monot, Premier Secrétaire PS 93, la fidélisation ne peut s’accompagner que par la venue de fonctionnaires expérimentés via une rémunération avantageuse comprise dans le régime indemnitaire.

L’école qui aurait du être une priorité est très peu concernée par les mesures annoncées, les 20 millions d’euros sur dix ans pour aider les villes à dédoubler les classes de CP et CE1 sont ridicules, ils ne suffiraient même pas pour construire un seul collège.

Au niveau de la Police , le gouvernement promet de renforcer la vidéosurveillance dans le département, 50 postes de policiers supplémentaires pour 2 nouveaux « quartiers de reconquête républicaine », à Saint-Ouen et La Courneuve, 100 officiers de police judiciaire supplémentaires d’ici deux ans.

Stéphane Troussel Président du Conseil départemental (PS) précise « c’est bien, mais il ne faut pas oublier qu’on en a 2 fois moins par habitant qu’à Paris, 2 quartiers de reconquête républicaine, c’est une bonne nouvelle pour les villes concernées mais les autres ? Par ailleurs, certaines mesures ne sont que la réécriture d’anciennes promesses ». C’est le cas du commissariat d’Aulnay-sous-Bois promis début 2014, rénovation pour 2023 soit 9 ans plus tard.

Par ailleurs, le Président du Département note l’absence d’annonces concernant les dotations budgétaires aux collectivités.

Concernant la justice, le manque de personnel et un turn-over important entraînent une justice plus lente : 1 an pour passer en audience à Aubervilliers, 9 mois à Bobigny, 2 mois à Paris. Le Tribunal de Grande Instance de Bobigny, le 2ème de France par le volume d’activité, arrive dernier en termes de ratio d’effectif de magistrats. Le gouvernement s’engage à y créer 35 postes de greffiers et 12 postes et l’extension est prévue d’ici 2026. C’est bien, mais d’ici là, on fait comment ?

Au niveau de la santé, le gouvernement prévoit principalement la « modernisation des urgences hospitalières de Montreuil, Montfermeil et Aulnay-sous-Bois d’ici 2024, la restructuration des groupements hospitaliers Le Raincy-Montfermeil et Bobigny, l’aide à l’installation des médecins en prenant en charge jusqu’à 100 % de leurs investissements…

Pour Eric Coquerel, député « La France insoumise » de Seine-Saint-Denis, ces mesures ne suffiront pas : «On est loin du compte, ce n’est pas un grand plan d’action mais juste un léger rattrapage. Et il n’y a quasiment rien concernant l’éducation, la pauvreté ou le logement. »

Mathieu Monot PS souligne qu’« aucune mesure n’est prise pour favoriser l’emploi. Le gouvernement ne s’attaque pas aux racines structurelles du problème qui ne pourra être résolu sans procéder à un véritable rééquilibrage territorial. Aucun levier n’est actionné en matière de logement et de mixité sociale et urbaine… Il aurait fallu imposer à la droite de l’Ouest parisien la construction de logements sociaux…

Le constat est sans appel. Ceux qui ont multiplié les aides pour les plus riches, sont aujourd’hui incapables d’aligner les mêmes efforts pour les plus pauvres. Nous voyons comme les 3,2 milliards d’euros de pertes annuelles liées à la suppression de l’ISF et les 1,3 milliards perdus par la réduction de la fiscalité sur le capital sont autant de milliards qui manquent pour mener de véritables politiques publiques pour les quartiers populaires.

La Seine-Saint-Denis n’attend pas de traitement de faveur, mais parce qu’elle est le 5ème cotisant national à la TVA et le dernier à bénéficier des dotations de l’Etat dans ses missions régaliennes, elle demande juste l’égalité ».