Migration : la position des députés européens de la gauche sociale et écologique

Les six députés européens de la gauche sociale et écologique interpellent dans une tribune E. Macron sur les questions de migration. Pour Eric Andrieu, Raphaël Glucksmann, Sylvie Guillaume, Aurore Lalucq, Pierre Larrouturou et Nora Mebarek, il faut « une politique claire et une action déterminée » sur le sujet. Voici des extraits de leur tribune :

« Emmanuel Macron nous conseille de « regarder en face » les questions de migration. Aucun problème pour le faire… Regarder en face, c’est sans doute prendre en compte les inquiétudes des Français, mais sans oublier les principes de notre pays. Ni les faits …

L’inaction de l’État est inadmissible en matière d’accueil car elle parie sur le fait que de mauvaises conditions d’existence vont dissuader de migrer…

Autre oubliée : l’intégration …L’exemple de l’ Allemagne montre que l’investissement dans l’apprentissage de la langue et l’éducation est fondamental.

Regardons donc en face ce qui se joue dans le débat public français et européen : une crise sociale non réglée, une hausse des inégalités, une réforme des retraites injuste en préparation, le patrimoine des Français bradé avec la privatisation d’Aéroport de Paris… vite, faisons diversion! Quoi de plus alléchant que d’alimenter la machine à fantasmes sur l’Aide médicale d’État (AME) pour mieux nourrir l’extrême droite, qui sortira renforcée de ce débat offert sur un plateau.

Emmanuel Macron devait être un barrage au populisme, à l’extrême-droite, il se posait en anti-Orban : il est, dans les faits, une passerelle.

Face à un cynisme aussi criant et de tels renoncements, que peut faire la gauche, en France et en Europe?

Développer un discours de raison fondé sur les faits ; renforcer la solidarité européenne ; mettre en place des voies de migrations légales ; enfin favoriser l’intégration.

Les faits tout d’abord. Si le nombre de demandes d’asile augmente (de 22%), la proportion de celles qui aboutissent reste stable : environ un tiers des dossiers. Le nombre de migrants arrivant en Europe est au plus bas : 70 000 cette année contre plus d’un million en 2015. La crise migratoire est en réalité une crise de la volonté politique ; une crise de l’accueil.

Répondre à cette crise politique ne peut se faire autrement que par la solidarité européenne … La Grèce, l’Italie, l’Espagne et Malte doivent être aidés… C’est pour cette raison que nous proposons de réformer le Règlement de Dublin, qui prévoit que l’État-membre responsable d’une demande d’asile est le pays par lequel le demandeur a fait son entrée sur le territoire européen.

Laisser les pays des frontières extérieures gérer seuls l’ensemble des migrants n’est pas tenable, ni politiquement, ni humainement, ni techniquement. C’est pourquoi, nous voulons instaurer un dispositif centralisé, permanent et contraignant de relocalisation, permettant de rediriger les demandeurs d’asile dans l’ensemble des États membres …

Aujourd’hui, il n’existe que peu de voies légales pour rejoindre l’Union européenne : les visas, délivrés au compte-goutte, le regroupement familial très difficile à obtenir, la réinstallation des personnes déjà reconnues réfugiées dans un autre pays.

Cela laisse peu d’options et plus les voies légales sont fermées ou étroites, plus les voies irrégulières se multiplient au prix de coûts humains et financiers colossaux… Il est donc urgent de développer des voies légales notamment à travers la mise en place de visas humanitaires et le développement d’une politique de migration légale.

Enfin, réussir l’intégration des réfugiés suppose d’y mettre des moyens : nous avons besoin d’un véritable plan d’action et de financement à destination des collectivités locales et territoriales pour les aider, ainsi que les associations de terrain dans leur mission d’accompagnement et d’intégration des réfugiés arrivés sur le territoire européen.

Parler comme l’extrême droite pour la contrer a toujours mené la droite – dont Emmanuel Macron est désormais le représentant revendiqué – à l’échec. La responsabilité de la gauche n’en est que plus claire : proposer une politique alternative cohérente et humaniste.