Après 5 ans d’immobilisme, l’aménagement du site du CMMP va-t-il enfin voir le jour ?

Ces derniers jours, plusieurs articles rappellent le scandale sanitaire du Comptoir des Minéraux et Matières Premières, le CMMP, cette « usine poison » en plein cœur d’Aulnay-sous-Bois. L’accent est mis sur le combat intense mené par les associations dès 1997 mais il faudra attendre l’arrivée en 2008 de la municipalité menée par G. Ségura pour que cette usine disparaisse et que les victimes soient recherchées. M. Beschizza, dans son discours scandaleux lors des vœux à la population, a osé dire qu’avant, Aulnay-sous-Bois était une pépite mais qu’en 6 ans de municipalité de gauche, tout avait été dégradé ! De qui se moque-t-on ? Des pépites, le CMMP et les quartiers nord dans un état pitoyable ?

Nous affirmons, bien au contraire, que nous sommes fiers de la rénovation lourde de ces quartiers par une relance du PRU (44 millions) et la disparition du CMMP (17 millions).

Rappelons qu’en 1938, une usine de broyage de l’amiante est installée au centre d’Aulnay, à proximité de 3 écoles. Elle broie l’amiante jusqu’en 1975 puis mène des activités polluantes jusqu’à sa fermeture en 1991. En 1998, la famille Voide / Léonard dépose une plainte après le décès des suites d’un mésothéliome d’un parent habitant le quartier et ayant fréquenté l’école du Bourg.

2001-2009 : création du Collectif de riverains et victimes de l’amiante. Pétitions, lettres, manifestation devant l’usine car il y a déjà des dizaines de victimes.

2009: la CIRE (Cellule Interrégionale Epidémiologique) met en évidence la dangerosité du site. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande alors la recherche et le suivi des personnes exposées à cette pollution environnementale.

En Mars 2008, l’usine est en ruine, des fibres d’amiante risquent de se propager dans tout le quartier. La seule mesure de précaution prise par la municipalité précédente en 2006 a été le déménagement des 400 élèves des 2 écoles mitoyennes du Bourg dans des préfabriqués sur la ville de Sevran.

Le nouveau maire Gérard SEGURA fait de ce dossier une priorité: faire disparaître l’ancienne usine d’amiante sans risque sanitaire pour la population, créer un comité de pilotage pour la recherche et le suivi des personnes exposées et engager un travail de mémoire

1) Démolition et désamiantage du site :

– 2009 -2010 : installation de bâches étanches, démolition des bâtiments.

– de mars à décembre 2012 : dépollution des sols sur 6 100 m2. Sols décapés sur 80 cm (plus profond sur les zones contenant du zircon) remblaiement avec 2 couches de béton concassé et compacté, pose de protections (film géotextile et filet avertisseur), coulage d’une dalle de béton .

décembre 2012 : fin des travaux de réfection totale des 2 écoles élémentaire et maternelle du Bourg, prêtes à l’accueil des élèves qui quitteront enfin les préfabriqués.

-de juillet à septembre 2013: fin des travaux de remblaiement et coulage de la dalle.

Le projet d’aménagement du site est discuté en conseil de quartier avec les habitants et dans des ateliers avec les écoliers. Il est prévu un parking, un terrain multi sports, une zone de jeux et une promenade plantée. Le Maire obtient 900 000 € du ministère de l’environnement.

Coût total pour la démolition/ désamiantage: 17 millions (dont 6 pour le déplacement des élèves dans les préfabriqués). Subvention de la Région : 2 millions, autres subventions : 3,1 millions. Le pollueur n’a été condamné à ce jour qu’à 480 000 euros.

2) actions du Comité de pilotage  Amiante : rechercher les victimes – mettre en place un suivi médical – aider les personnes à faire reconnaître leurs droits – engager un travail de mémoire.

Fin 2009, le Maire G. Ségura crée un Comité de pilotage Amiante présidé par Maurice ALLOUCH médecin à Aulnay depuis 40 ans et conseiller municipal dans l’opposition. Principaux membres : des élus dont celles à la santé et à l’éducation, les représentants des associations, des chercheurs et médecins, les partenaires (ARS, CPAM…..)

Février 2012 : le comité de pilotage obtient 60 000 euros de l’Agence Régionale de Santé (ARS) pour une étude confiée au GISCOP 93 (Groupement scientifique pour les cancers professionnels). Cette étude doit déterminer si la recherche des victimes est possible et comment la mener .

Le GISCOP 93 confirme qu’environ 40 000 personnes ont été fortement exposées entre 1938 et 75 à Aulnay et Sevran et qu’il est possible de retrouver les anciens élèves des 3 écoles proches à partir des registres matricules conservés dans les écoles.

Avril 2013 : le député Daniel GOLDBERG obtient un rendez-vous avec Marisol TOURAINE. La ministre donne son accord pour la recherche de 14 000 anciens élèves et la mise en place d’ un dispositif de santé publique piloté par l’ARS (courrier aux personnes retrouvées, recommandations pour elles-mêmes et pour le médecin traitant)

– juin 2013 :le comité de pilotage obtient la création d’une consultation spécifique Amiante en pneumologie à l’hôpital R. Ballanger.

– Janvier 2014 : le Comité de pilotage prévoit un dispositif de suivi basé à Aulnay (accueil, informations sur les risques, conseils, aide aux démarches de suivi et de reconnaissance des droits)

-de février à octobre 2014 : 11 000 personnes sont retrouvées et contactées par l’ARS.

Notre action s’est arrêtée avec le changement de municipalité. En 5 ans, nous avons réussi à faire disparaître « l’usine poison » d’Aulnay-sous-Bois et lancé la recherche des victimes. Nous avons 2 regrets : que le pollueur ne soit pas le payeur et que l’ARS, malgré un engagement sans précédent sur ce dossier, ne mette pas en place un suivi médical dans la durée puisque la CNIL a précisé que les adresses des personnes retrouvées ne pouvaient pas être gardées. Or, ces adresses permettaient de suivre les personnes plus longtemps, en leur rappelant régulièrement les conseils, comme dans le dispositif du dépistage du cancer du sein. Obtenir une dérogation pour conserver ces adresses, c’était un nouveau combat à mener…

L’aménagement du site prévu début 2014 par l’ancienne majorité et bien amorcé par le coulage de la dalle semble enfin sur le point d’aboutir! Un projet revu à la baisse avec une forte réduction des espaces jeux au profit du parking et la pose d’un monument à la mémoire des victimes de l’amiante, souhait déjà exprimé au sein du comité de pilotage sous l’ancienne mandature.

Hélas, Aulnay n’en a pas fini avec l’amiante ! Suite aux premiers travaux de démolition du Galion, des dizaines de sacs de déchets amiantés ont été entreposés en bordure de l’école P. Eluard, alarmant à juste titre riverains et enseignants.

Plus récemment, l’annexe Barrault qui doit être transformée en école 1er degré est recouverte de bâches pour travaux de désamiantage. Les travaux commencent, mais où sont les permis ou autorisations permettant le début des travaux tels que permis de démolir, permis de construire , déclaration préalable de travaux et autorisation de travaux ? Toutes les précautions sont-elles prises pour les riverains et les collégiens ?

Au regard du traumatisme subi par Aulnay avec le CMMP, tout chantier doit être exemplaire et la mairie a, au minimum, le devoir d’informer correctement la population sur le déroulé des travaux.