En Seine-Saint-Denis, une rupture d’égalité inacceptable

Depuis des décennies, les difficultés de notre département et le manque de moyens sont bien connus.Les pouvoirs publics, pourtant, ne sont pas restés inactifs. D’indéniables efforts ont été consacrés, à la rénovation de l’habitat, à l’amélioration des transports en commun, même si elle reste trop lente, aux politiques sociales en direction des plus fragiles. Mais les inégalités entre territoires sont réelles: l’ Etat donne moins en Seine-Saint-Denis. Ce ne serait que justice que de planifier réparation et rattrapage en Seine-Saint-Denis et que dans ce département, les communes les plus riches partagent les richesses avec les communes plus pauvres.

C’est dire que le Plan Banlieue de Jean-Louis Borloo en faveur des quartiers en difficulté était attendu:

En voici les points essentiels :

– relance immédiate des projets de rénovation avec un fonds d’urgence pour l’investissement des communes de 500 millions par an. Développer les transports pour tous de manière équitable.

– éducation : doubler le taux d’encadrement dans 8 000 classes de maternelle, construire ou rénover 300 écoles et 100 collèges dans les quartiers défavorisés.

– créer 200 «quartiers d’excellence numérique» facilitant l’accès à la formation, l’ emploi, les services publics, la culture,l’ aide aux juniors,le bénévolat…

– 30 000 places de crèche dans les quartiers défavorisés et 300 maisons d’assistantes maternelles.

– sécurité : fidéliser les policiers les plus expérimentés et recruter de nouveaux magistrats.

– emploi : lutter contre les discriminations à l’embauche par des « tests » dans les entreprises

– santé : ouvrir 200 maisons de santé supplémentaires

– créer une « Cour d’équité territoriale » pour lutter contre les inégalités entre les territoires

Un mois plus tard, E. Macron balayait d’un revers de la main le Plan Borloo estimé à 48 milliards. Il n’est plus question d’engager l’Etat dans la réparation et le rééquilibrage avec des moyens supplémentaires mais d’une « nouvelle méthode » hors sol, la « mobilisation collective d’effort et d’avancée » qui ne débouche sur rien de concret ou presque.

Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental de la Seine-St-Denis déclare : « Sous couvert de changer de méthode, le président de la République a posé un lapin aux banlieues. Les annonces sont très décevantes car « la mobilisation » annoncée sur tous les thèmes, les annonces reportées à l’été ou à l’automne cachent l’absence d’engagements concrets et massifs de l’Etat … On nous fait un catalogue de mesures mais il n’y a pas d’objectif chiffré. Il y a eu le rapport Borloo, celui du député Cornut-Gentille… Qu’attend l’État pour rétablir l’égalité des quartiers ? »

En effet, le député LR François Cornut-Gentille et le député LREM Rodrigue Kokouendo ont présenté le 31 Mai un rapport qui juge l’action de l’Etat « inégalitaire et inadaptée » en Seine-Saint-Denis.

Un département qui cumule plusieurs difficultés: un taux de chômage de 12,7 %; un revenu médian mensuel d’à peine 1 300 euros, soit 300 euros de moins que la moyenne nationale et 500 de moins que la moyenne de la région ; un taux de pauvreté de 28 %, le double de la France métropolitaine.

Le rapport du député Cornu-Gentille a le mérite d’aller contre les idées reçues largement répandues par le chef du parti LR Laurent Wauquiez : les banlieues seraient des puits sans fonds pour l’argent public, sans résultat. Il y aurait la France assistée et profiteuse, villes et banlieues oisives et indisciplinées, qui bénéficieraient des sollicitudes de l’Etat… Et  les ruraux, cette France laborieuse, qui ferait tourner le pays.

En fait,le rapport montre qu’en Seine-Saint-Denis, il y a moins de tout. Moins de policiers, moins d’enseignants, de greffiers, de magistrats, de médecins scolaires… « Des sous-effectifs injustifiables à mission égale ». Et ces professionnels moins nombreux, mais aussi moins expérimentés quittent leur poste plus rapidement qu’ailleurs dans le pays. «Là où les problèmes sont les plus durs, c’est là qu’arrivent les débutants», regrette François Cornut-Gentille.

L’école : le député LR souligne que « le moins bien doté des établissements scolaires parisiens reste mieux doté que le plus doté des établissements du 93 ». Les jeunes enseignants tout juste « sortis d’école » sont envoyés faire leurs classes dans les territoires difficiles. Le taux de professeurs dont c’est la 1ère année d’enseignement est de 21% en France, contre 41% dans l’académie de Créteil et 65% en Seine-Saint-Denis.

Le taux de remplacement des congés maladie n’est que de 51% dans le 93 contre 78;4 % en France.Le nombre d’heures de cours est donc plus faible. De ce fait, les spécificités de zonage (REP+ ou classes dédoublées) perdent beaucoup de leur efficacité.

Police : moins d’un policier pour 400 habitants dans le 93, inférieur aux Hauts de Seine, alors que la délinquante y est plus forte. Manque de moyens, de formation et d’expérience et des infrastructures plus vétustes qu’ailleurs.

Justice : pénurie de personnel.Le tribunal d’instance d’Aubervilliers compte 2 magistrats contre 4 dans le 18e arrondissement de Paris avec pourtant13 % d’habitants en moins. Au tribunal de Bobigny, le 2ème de France, un tiers des magistrats s’en va tous les ans. Ça veut dire une perte de 80 mois d’activité sur ces simples rotations. D’où une justice beaucoup plus lente : il faut 1 an pour passer en audience à Aubervilliers, 9 mois à Bobigny contre 2 à Paris.

A ces inégalités s’ajoute le fait que l’Etat n’a pas une connaissance fine du territoire et de ses habitants. L’Etat ne sait même pas, à 20 ou 30 % près, combien d’habitants peuplent ce département, 1er réceptacle de l’immigration. De par cette méconnaissance, les moyens sont forcément sous-estimés ou mal adaptés.

Comme le dit le député Stéphane Peu(PCF) de Saint-Denis « un habitant de Seine-St-Denis vaut 2 fois, 3 fois moins qu’un autre habitant du territoire». Il ne s’agit pas, en fait, de trouver les moyens de faire plus pour la banlieue mais simplement d’y faire autant par habitant que pour le reste du pays.

Macron, le Président des riches, rejette le Plan Banlieue mais n’hésite pas à prendre des mesures qui touchent en premier lieu les populations les plus fragiles : coup de rabot sur les crédits Politique de la ville, baisse des APL et des moyens accordés aux bailleurs sociaux, fin des contrats aidés …

La situation à Aulnay-sous-Bois s’aggrave d’autant plus que la Ville est dirigée par B. Beschizza, Maire LR. S’il faut déplorer la baisse des subventions de l’Etat depuis plusieurs années, on constate depuis 2014 que les choix budgétaires de B.Beschizza et sa majorité visent à détricoter une à une, les actions de la majorité de gauche précédente en direction de la population, notamment des plus fragiles. Depuis 2014, les services publics diminuent et sont plus chers (cantine, centre de loisirs, culture, sport…), fermeture des antennes sociales,dégradation des services de santé … sans oublier le refus de créer les conditions d’une mixité sociale, accélérant ainsi le clivage entre les quartiers

Publicités