Hommage à Simone VEIL

De l’héritage politique de Simone Veil et de la richesse de son parcours, la France se souviendra  de son combat pour la dépénalisation de l’intervention volontaire de grossesse (IVG).
En 1974, elle n’est pas seule, le droit à l’avortement est le fruit d’une mobilisation militante commencée dans les années post-Mai 68, autour des mouvements féministes qui dévoilent le drame de ces milliers de femmes contraintes d’avorter clandestinement avec trop souvent des conséquences dramatiques. La mobilisation s’amplifie en 1971 avec le manifeste signé par 343 femmes qui déclarent avoir interrompu leur grossesse : on les appellera les « 343 salopes ». Puis en 1972, l’avocate Gisèle Halimi défend à Bobigny une jeune femme qui a avorté à la suite d’un viol. Parallèlement, le Planning familial, le MLAC et bien d’autres associations pratiquent des avortements clandestins. C’est la détermination de tous ces mouvements qui a obligé Valéry Giscard d’Estaing à légiférer et à confier à Simone Veil la responsabilité de défendre cette loi historique.

Lorsque le 26 novembre 1974, Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée nationale pour obtenir la légalisation de l’avortement, elle va faire face à des adversaires déchaînés, dans un climat d’une brutalité inouïe. La « loi Veil » est promulguée le 17 janvier 1975, autorisant l’IVG pour cinq ans. Loi passée grâce aux voix de gauche, seul 1/3 des députés de droite ayant voté POUR. L’autorisation sera rendue définitive par la loi du 31 décembre 1979.

Mais rien n’est jamais acquis.Un mouvement féministe vient de déclarer « Simone Veil  nous quitte aujourd’hui mais son combat ne meurt pas avec elle. Au contraire, ce combat est même terriblement d’actualité à l’heure où l’avortement est interdit en Irlande et à Malte, sous hautes contraintes en Hongrie et en Pologne, où la clause de conscience des médecins en Italie en fait souvent un droit peu accessible, où les structures hospitalières adaptées manquent en Grèce, où les parcours sont parfois compliqués en France. Sans parler des presque 180 centres IVG qui ont fermé ces 20 dernières années dans la patrie où Simone Veil a promulgué la loi qui porte son nom. »
L’autre bataille de sa vie, c’est celle pour le souvenir du génocide de la Seconde guerre mondiale. Rescapée du camp d’Auschwitz, Simone Veil a oeuvré pour que les futures générations prennent conscience des atrocités commises. Elle déclarait notamment: “La mémoire de la Shoah nous oblige à rester vigilants, non seulement pour les juifs, mais pour tous ceux qui sont victimes d’ostracisme en raison de leur identité, de leur ethnie ou de leur religion”.

Or, ce début de XXIème siècle est marqué en France , comme au niveau mondial , par une montée du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie, de l’homophobie … et d’une manière générale par la montée de l’intolérance mise en évidence par le rapport 2013 de la commission nationale consultative des droits de l’homme où l’on peut lire :
« Cet apprentissage de la haine de l’autre se trouve exacerbé quand la crise économique se manifeste dans toute sa force et fournit des prétextes bien identifiés : la peur de perdre son emploi, subtilisé par l’étranger ; l’affadissement des solidarités dont témoignent les crispations autour du consentement à l’impôt ; les inquiétudes quant à la pérennité du système de protection sociale ; la stigmatisation d’un assistanat social. Cette montée des périls économiques engendre un sentiment d’insécurité qui provoque une perte de repères, loin de l’esprit fraternel, de ce bien-vivre ensemble, de cet universel qui transcende nos différences…. ».

Nous n’étions pas de la famille politique de Simone Veil mais nous rendons hommage à une grande démocrate, à une fervente militante du projet européen. Rappelons que le premier Président élu au Parlement européen, au suffrage universel direct le 17 juin 1979 fut une Présidente, Simone Veil, encore tout un symbole.
Sa disparition nous rappelle l’importance des combats à poursuivre, combats menés résolument par la gauche tels que la défense des droits des femmes pour une réelle égalité hommes -femmes et celle des valeurs républicaines, de l’Etat de droit et des libertés.

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