Conseil citoyen : silence, on discrimine !

Force est de constater que le Conseil municipal du 27 janvier dernier a été l’occasion d’un triste cirque politique.

Les conseillers municipaux devaient se pencher, entre autres sujets, sur une délibération arrêtant la liste des membres du conseil citoyen, une instance de démocratie locale mise en place par la loi du 21 février 2014 concernant la politique de la ville. A Aulnay, c’est Monsieur RAMADIER, Adjoint au maire en charge de la politique de la ville, de la cohésion sociale et la lutte contre les discriminations, qui avait piloté le projet. Reconnaissons-le, tout s’était très bien passé jusqu’alors, si ce n’est le manque de volontaires prêts à s’engager dans le projet. Toutefois, un nombre suffisant d’habitants avait fini par être trouvé, notamment dans les quartiers concernés par ladite politique de la ville.

Parmi les volontaires, on comptait un certain Oussouf SIBY. Son nom vous est sûrement familier puisqu’il contribue très régulièrement à la tenue de ce blog et exerce également des responsabilités politiques au sein de la section du Parti socialiste d’Aulnay-sous-Bois.

Or, lors de ce fameux Conseil municipal, le Maire, Bruno Beschizza, a demandé à ses élus (ou plutôt ordonné) de se prononcer contre cette liste de membres du conseil citoyen au motif que Monsieur SIBY y figurait. Le Maire, prétendait alors que la présence d’un membre d’un parti politique contrevenait au principe de neutralité dudit conseil. Ce raisonnement est bien évidemment aussi malhonnête que fallacieux sur plusieurs points.

Le plus important de ces points n’est autre que ce que dit l’article 7 de la loi : « Les conseils citoyens exercent leur action en toute indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics et inscrivent leur action dans le respect des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité et de neutralité ». Pas de mention à l’appartenance, ou non, à un parti politique. Mais que dit le ministère de la Ville là-dessus ? Sur son site internet, en moins de deux clics, on lit la chose suivante : « Le conseil citoyen est le lieu d’expression des habitants, associations et acteurs locaux du quartier, que rassemble leur appartenance commune au quartier et l’objectif commun d’apporter les réponses les plus pertinentes aux problématiques identifiées. Sa « neutralité » signifie son indépendance et son autonomie vis-à-vis de partis politiques, de syndicats, d’associations cultuelles ou de tout groupe de pression manifestement hostiles au respect du principe de pluralité ». Tous conviendront alors que l’appartenance, ou non, à un parti politique ne saurait être considéré comme mettant en danger l’autonomie ou l’indépendance d’un conseil citoyen ! A moins d’être d’une mauvaise foi olympique bien entendu, ce que je n’exclus pas.

Il existe deux autres failles de poids dans ce raisonnement : d’autres membres du conseil citoyen sont membres de partis politiques, dont la formation à laquelle Bruno BESCHIZZA lui-même appartient. La majorité municipale ira-t-elle jusqu’à les traiter de la même manière, discriminatoire, que Monsieur SIBY en leur faisant signer un engagement sur leur neutralité ? De plus, s’il était si dangereux que ça d’accepter des membres de partis politiques parmi les membres du conseil citoyen, pourquoi ne pas avoir empêché de telles candidatures dès le début du processus ?

Quelle sera la prochaine étape ? Une autorisation du maire pour assister aux conseils de quartier ?

Toute cette affaire n’a malheureusement pas beaucoup de sens. Le Maire argue que la présence d’un militant politique de l’opposition pose un problème de droit. Le seul problème que je constate, c’est qu’un élu de la République soit suffisamment sectaire pour refuser la représentation de personnes ayant une opinion différente de la sienne dans un organe de démocratie locale.

Un tel mépris du pluralisme politique est aussi désespérant que décevant. Etait-ce donc cela la ville respectueuse pour laquelle les habitants de notre ville se sont prononcés en mars 2014 ?

Dans ce contexte, Oussouf SIBY a annoncé son refus ferme et non-négociable de plier face à ces tentatives d’intimidation et a choisi de se maintenir au sein du conseil citoyen. Plusieurs membres de ce dernier lui ont d’ailleurs apporté leur soutien.

Si le choix de telles armes par le premier magistrat de notre commune abaisse gravement le débat public et la vie politique locale, la résistance du militant, fondée sur des convictions solides, l’élève indéniablement.

Vincent Galibert

Publicités