Le CMMP : pollueur mais pas payeur

Le tribunal de Paris a rendu son jugement le 22 octobre : le CMMP, l’usine d’amiante au cœur d’Aulnay, est reconnu responsable d’une grave pollution de l’air ayant touché des milliers d’habitants mais  paradoxalement, l’industriel n’aura pas à rembourser la dépollution de son ancienne usine. C’est un jugement bien décevant avec un pollueur reconnu fautif mais qui s’en tire à bon compte.

Une lecture attentive du document devrait nous éclairer sur les raisons de l’impunité.

Rappelons la situation très alarmante en 2008 : une usine en ruine, avec des trous béants dans la toiture, des tôles disloquées, un risque permanent de dispersion des fibres d’amiante dans la ville.

 Devant un tel danger, face à l’inertie totale des pouvoirs publics depuis 1998 et le déni du problème par les Préfets successifs, la municipalité s’est engagée, après un vote unanime en conseil municipal en janvier 2009,  à prendre en charge la démolition /dépollution de l’usine.

17 millions, c’est ce que la ville a payé pour traiter le site reconnu comme le plus pollué de France, tout en maintenant à l’écart des travaux les 400 élèves des écoles proches.

La note est salée , mais ce chantier d’une importance et d’une complexité exceptionnelles est maintenant  terminé et tout danger sanitaire est réglé .

 Certains avancent maintenant qu’il ne fallait pas faire les travaux mais qu’il fallait contraindre le Préfet à faire payer la dépollution au CMMP et l’obliger à réaliser la démolition / dépollution !

Soyons réalistes , cette usine était à l’abandon depuis 17 années . Alors que tous niaient la pollution du site, pour avoir le droit de pénétrer sur le terrain pour faire les analyses prouvant la pollution, il fallait que la ville rachète le terrain. Lors de l’accord entre les parties, une clause au protocole permettait de réclamer les frais de dépollution au CMMP.

Si la ville n’avait pas racheté le terrain , si elle n’avait pas décidé de prendre en charge le chantier, rien à ce jour n’aurait changé et « l’usine poison »continuerait à répandre ses fibres mortelles.

Fallait-il multiplier les risques pour les aulnaysiens,se heurter aux refus du CMMP, se lancer dans un procès interminable et au bout du compte ne rien régler?

Triste cadeau pour les générations futures  alors qu’à ce jour, les associations ont déjà malheureusement dénombré 140 victimes , malades ou décédées.

 Alors oui, il fallait faire des choix courageux, agir vite et bien pour la santé des aulnaysiens.

  • 6 millions pour le déplacement des élèves pendant 6 ans (entretien des préfabriqués accueillant « l’école provisoire », navettes quotidiennes pour le transport des écoliers)
  • Plus de 7 millions de démolition / dépollution sous bulle étanche, dispositif réclamé de longue date par les Associations et rendu obligatoire par la réglementation en vigueur.
  • Des sommes supplémentaires et non prévues pour une dépollution du sous-sol sur 6 100 m2 (retrait des terres polluées sur 80 cm, remblaiement, coulage d’une dalle de béton.)

Mais le Maire G. SEGURA, à l’écoute des associations, des malades et de leur famille, a souhaité aller beaucoup plus loin que la seule démolition de l’usine en créant  un comité de pilotage pour la recherche active et le suivi des personnes exposées.

De 2008 à 2014, les résultats obtenus ont été le fruit du  travail commun des associations qui ont apporté leurs connaissances de ce problème et leur expérience, des élus, des entreprises, des chercheurs, des médecins et des partenaires (ARS  Agence Régionale de Santé, CPAM…)

Après 4 ans d’un travail soutenu, le comité piloté par le Docteur Allouch, avec également l’aide du député Daniel Goldberg, a obtenu des avancées considérables et des engagements de la part de la Ministre Marisol Touraine : recherche de 14 000 anciens élèves et mise en place d’un dispositif de santé publique piloté par l’ARS.

Nous avons également travaillé à un dispositif local d’accueil et d’aide aux victimes tenu à ce jour par les associations .

Nous avions prévu début 2014 , un réaménagement complet du site, un projet élaboré en concertation avec les services municipaux, les habitants du quartier et les écoliers .

Le site devait recevoir un parking, un terrain multisports, une aire de jeux, une promenade plantée…. Après la désolation d’une usine en ruine, c’était un nouvel espace pour les aulnaysiens, consacré à la détente et aux loisirs.

Rien n’a bougé depuis 18 mois et les aulnaysiens, en attente de l’aménagement prévu, s’interrogent sur le devenir du projet.

Il est grand temps de redonner des couleurs et de la vie à ce quartier défiguré par l’usine pendant 80 ans. Nous espérons vivement que les palissages actuelles disparaîtront du paysage au plus vite, au profit d’un nouvel espace de convivialité et de loisirs, à la disposition des petits et des grands.

Evelyne Demonceaux

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